Quel est le terme pour désigner une personne de 60 ans ?

Abandonner son nom pour endosser une étiquette, voilà ce qui arrive à beaucoup dès qu’ils franchissent le cap des 60 ans. Jadis, la société ne faisait pas dans la dentelle : passé cet âge, le qualificatif de « vieux » ou de « vieil homme » tombait comme une sentence, marquant d’emblée une forme d’exclusion, un passage vers un statut à part.

Puis est venue une autre façon de regarder cette tranche de vie. Loin de la mise à l’écart, on a commencé à parler d’une « troisième étape » : une période qui s’ouvre sur de nouveaux loisirs, sur l’envie de s’accomplir autrement. Pourtant, même ce terme n’a pas fait l’unanimité. Beaucoup ont dénoncé une vision trop restrictive, qui enfermerait les intéressés dans un simple rôle de consommateurs ou de cibles marketing.

Après la Seconde Guerre mondiale, le mot « retraité » s’est imposé, porté par l’essor du système de pension. Il désigne toujours aujourd’hui une personne ayant cessé son activité professionnelle et percevant une pension de vieillesse. Mais ce mot n’a jamais vraiment collé à la réalité. Il continue d’évoquer, pour nombre d’entre nous, une existence mise entre parenthèses, une vie sociale ralentie, alors même que les attentes, les rythmes de vie et les ambitions des sexagénaires ont radicalement changé.

Dans les années 1990, une autre étiquette a surgi, portée par la montée en puissance du marketing : le terme « senior ». Popularisé en France par l’agent publicitaire Jean-Paul Tréguer à partir de 1994, il a bousculé les représentations. Derrière cette appellation, on a voulu conjuguer expérience et vitalité, maturité et énergie. Mais la frontière de l’âge reste floue : selon les études de marché, on parle de « senior » dès 50 ans, parfois même 45 dans certaines entreprises. L’Organisation mondiale de la santé, elle, considère qu’on entre dans la catégorie à partir de 60 ans. Le terme « senior » recouvre aujourd’hui des profils très variés : consultant aguerri, professionnel en reconversion, tout jeune retraité ou personne en pleine transition. La diversité des parcours balaie l’idée d’un bloc homogène.

Depuis quelques années, un nouveau mot s’impose : « argent ». Cette désignation s’est répandue à partir de 2013, avec l’essor de ce qu’on appelle désormais la « silver economy ». Par analogie avec la couleur des cheveux, « argent » est en train de remplacer progressivement le terme « senior » dans les discours institutionnels et commerciaux.

Choisir une appellation pour désigner les personnes de plus de 60 ans, c’est finalement révéler notre regard collectif sur l’âge, sur sa place dans la société. Ces mots, qui se succèdent ou se superposent, racontent autant nos préjugés que nos espoirs. Demain, un autre terme s’imposera peut-être. En attendant, chaque mot porte en lui une histoire, un imaginaire, et parfois, une envie d’en sortir.

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