Rien de plus trivial et pourtant si révélateur : la texture de nos selles en dit long sur notre santé, et rares sont ceux qui en parlent à voix haute. Pourtant, ce sujet mérite qu’on s’y attarde, car il cache des enjeux bien plus vastes qu’un simple moment de gêne aux toilettes.
Quel genre de question !
Oui, la question sort des sentiers battus. Difficile de faire moins glamour, mais il y a un fait simple : aux toilettes, personne ne devrait se sentir obligé de pousser de toutes ses forces pour évacuer. Forcer, c’est déjà un signal d’alerte.
Pourquoi presser ?
Certains finissent par s’y habituer, sans même s’en rendre compte. Pour beaucoup, presser est devenu une habitude anodine, presque automatique, pour gagner du temps ou par manque de patience. D’autres ne parviennent tout simplement pas à faire autrement. Mais ce réflexe, loin d’être anodin, n’est pas sans conséquence.
Pourquoi éviter de forcer ?
Un petit écart de temps en temps, cela arrive. Mais répéter l’effort, et plus encore si l’on bloque en même temps sa respiration, finit par avoir un coût. À chaque poussée, la pression à l’intérieur du ventre grimpe. Résultat : ce n’est pas seulement l’urine ou les selles qui sont expulsées, c’est tout l’abdomen qui subit cette force.
Le plancher pelvien, ce tissu souple comparable à un hamac, ferme le bassin et entoure les orifices externes de l’appareil urinaire, gynécologique et intestinal. C’est le premier à encaisser le choc.
Quand la circulation sanguine y est entravée, des hémorroïdes peuvent surgir. Peu après, les muscles et les nerfs de cette zone perdent en efficacité lorsqu’ils sont trop sollicités ou distendus. On voit alors apparaître des fuites urinaires, de gaz, voire même du contenu intestinal.
Parfois, les organes pelviens, vessie, urètre, utérus, intestins, descendent progressivement. C’est ce qu’on nomme un prolapsus, source d’inconfort et de troubles associés.
En parallèle, le cœur lui aussi subit les variations de pression brusques, ce qui ajoute une contrainte supplémentaire pour l’organisme.
Est-il possible de revenir en arrière ?
Dans certains cas, les symptômes disparaissent d’eux-mêmes, comme pour certaines hémorroïdes. Dans d’autres situations, renforcer le plancher pelvien permet de récupérer un bon fonctionnement.
Exception notable : un prolapsus avancé ne s’efface pas sans intervention chirurgicale. Mais des dispositifs et méthodes de rééducation peuvent parfois en atténuer l’inconfort.
Comment éviter de pousser inutilement ?
Quand il s’agit d’uriner, la règle est simple : ne jamais forcer. Si l’envie est présente mais que l’écoulement ne se fait pas sans effort, il est indispensable de consulter un professionnel de santé. C’est le seul moyen d’identifier la cause du blocage, chez l’homme, il peut s’agir d’un problème de prostate ; chez la femme enceinte, de prééclampsie, entre autres possibilités.
Pour les selles, commencez par accorder un peu plus de temps à ce moment, à moins d’y passer déjà un long moment. Si vous notez que vos selles sont dures, volumineuses, présentent des fissures en surface ou se fragmentent en petites boules, il y a de fortes chances que la constipation soit en cause. Ce problème mérite une attention spécifique.
Si la situation vous semble inhabituelle, si l’aspect ou la fréquence de vos selles change sans raison apparente sur plusieurs jours, ou si d’autres symptômes apparaissent, consultez un médecin.
Si tout semble dans l’ordre, il est utile d’adapter sa posture aux toilettes. Une position inadaptée accentue la courbure du rectum et gêne l’évacuation des selles. Voici comment adopter une posture qui facilite le transit :
- Les pieds doivent être bien posés au sol (pour les enfants, un marchepied peut être utile) ;
- Les genoux placés légèrement au-dessus du niveau des hanches ;
- Le buste doit s’incliner légèrement vers l’avant.
Essayez de répondre à l’envie naturelle d’aller à la selle, sans anticiper ni retarder le moment. On remarque souvent que l’intestin a son propre rythme et a tendance à se réguler, jour après jour, à des horaires similaires.
Enfin !
Une fois la situation rétablie, il est judicieux de penser à renforcer la zone du périnée pour retrouver un fonctionnement optimal et prévenir les récidives.
Un repère spécifique pour les femmes enceintes
La grossesse modifie la donne : constipation et hémorroïdes deviennent plus fréquentes en raison des bouleversements hormonaux et de la place occupée par l’utérus grandissant, qui compresse l’intestin.
Double vigilance donc pour préserver son plancher pelvien, car les prochains mois lui en feront voir de toutes les couleurs. L’histoire ne s’arrête pas là, mais ce sera le sujet d’un prochain article.

